Avec 111 voix favorables, le transfert de l’œuvre à Abidjan a été validé aujourd’hui par l’Assemblée. Confisqué en 1916 par les autorités coloniales, l’instrument est conservé au musée du Quai-Branly. En 2021, Macron s’était engagé à le rendre à la Côte d’Ivoire.
Saisi il y a plus d'un siècle par la France, le tambour parleur « Djidji Ayôkwé » pourra retrouver la Côte d'Ivoire. L’Assemblée nationale a voté sa restitution le 7 juillet, à l’unanimité. La demande officielle d’Abidjan remonte a six ans. « Nous sommes à la fin d’un long travail » a laissé filtrer, la ministre de la Culture, Rachida Dati. Au total, 111 députés issus de tous les horizons politiques ont approuvé le départ de l’œuvre pour la Côte d’Ivoire. Mesurant trois mètres de long et pesant 430 kg, cet instrument sacré servait à transmettre des messages rituels et à alerter les villageois, par exemple lors des opérations de recrutement forcé ou d'enrôlement militaire. Confisqué en 1916 par les autorités coloniales auprès de l'ethnie Ébrié, il avait été envoyé en France en 1929, exposé au musée du Trocadéro puis à celui du quai Branly. Restauré en 2022, il est aujourd'hui conservé dans une caisse, et attend son retour. La restitution de ce tambour emblématique répond à un engagement pris par Emmanuel Macron en 2021. La proposition de loi débattue à partir de 15h dans l'hémicycle, et déjà adoptée fin avril au Sénat, doit permettre de « déclasser » ce bien culturel, en dérogeant au principe d'inaliénabilité des collections publiques. La Côte d'Ivoire avait officiellement formulé sa demande en 2019. « Mais les communautés locales le réclament depuis l'indépendance », souligne Serge Alain Nhiang'O, fondateur de l'association Ivoire Black History Month, à Abidjan. C'est le premier objet d'une liste de 148 œuvres dont la Côte d'Ivoire a demandé la restitution à la France, et son retour « pourrait devenir un symbole très fort », dit-il.
Du côté français, ce retour est perçu comme un acte de reconnaissance. « Le retour du tambour contribuera à la réparation d'une extorsion commise à l'époque coloniale, le témoin de notre prise de conscience », affirme le député Bertrand Sorre (Renaissance), rapporteur du texte. Mais cette restitution met aussi en lumière la lenteur du processus français. À ce jour, seules 27 œuvres ont été officiellement restituées à des pays africains depuis une loi votée en décembre 2020, qui a permis le retour des 26 trésors d'Abomey au Bénin et du sabre d'El Hadj Omar au Sénégal. Rapatriements au « compte-gouttes » Considérée comme pionnière, la France apparaît à présent à « la traîne » par rapport à d'autres pays occidentaux, estime l'anthropologue Saskia Cousin, professeure à l'université de Nanterre, citant par exemple l'Allemagne, qui a enclenché un vrai travail d'inventaire des œuvres dans les musées, contrairement à la France, où « il y a clairement une rétention d'informations ». En outre, les rapatriements se font au compte-goutte, en l'absence d'une loi-cadre promise par le chef de l'État pour faciliter ces processus, devenus un « serpent de mer », explique l’anthropologue. Elle permettrait d'éviter une loi spécifique à chaque restitution, processus long et complexe, en dérogeant au principe d'inaliénabilité des collections publiques par décret.
Éviter « l’instrumentalisation » Selon Le Monde, le motif de restitution évoqué dans le texte était la coopération culturelle avec les anciennes colonies. Il ne serait pas suffisant aux yeux du Conseil d'État pour justifier une entorse à l'inaliénabilité des collections publiques. Pour certains, exiger un « intérêt général supérieur » reviendrait à faire du projet un texte de « repentance » sur la colonisation, un débat que l'exécutif semble vouloir éviter. Pour Saskia Cousin, la France « n'a pas un problème » avec la restitution, mais un problème avec « la façon dont elle pense son passé impérial ». Pressée par les députés de la commission des Affaires culturelles sur le devenir de cette loi, la ministre de la Culture Rachida Dati a affirmé devant l’Assemblée nationale que le texte a « déjà été transmis au conseil d’État », et qu'elle souhaitait le présenter en Conseil des ministres d'ici la fin du mois de juillet. Elle espère un débat au Parlement dès « l’automne », tout en disant vouloir éviter qu'il n'ouvre la « porte à une instrumentalisation ».